Que dit vraiment la Bible sur la masturbation ? Un examen équilibré et biblique du péché d'Onan, des avertissements contre la convoitise et du but théologique de la sexualité humaine
Résumé Rapide
Bien que la Bible ne mentionne pas explicitement la masturbation, la théologie chrétienne la considère souvent comme problématique car elle détourne la sexualité de son but relationnel et marital (1 Corinthiens 7). De plus, son lien fréquent avec la convoitise (Matthieu 5:28) en fait une question de pureté et de maîtrise de soi.
La Bible ne mentionne jamais explicitement la masturbation et n’utilise aucun langage technique pour la décrire directement. Ce silence a souvent été interprété de deux manières opposées. Certains en concluent que ce que les Écritures ne nomment pas ne peut être un péché, tandis que d’autres supposent que la masturbation doit être implicitement condamnée comme une forme d’immoralité sexuelle.
Une lecture plus attentive suggère une troisième approche. L’absence de référence directe ne signifie pas que la Bible est indifférente au sujet, mais qu’elle aborde la sexualité humaine à un niveau théologique plus profond, en définissant son but, son contexte et son orientation morale.
Puisque les Écritures ne parlent pas en catégories techniques, la question ne peut être résolue en cherchant un verset prohibitif unique. Elle doit être abordée en se demandant si la masturbation est cohérente avec la compréhension biblique de la sexualité, du corps et de la discipline spirituelle.
Les textes mal compris : Onan et la convoitise
Un passage fréquemment cité dans les discussions sur la masturbation est Genèse 38:9–10, le récit d’Onan. Le terme ultérieur « onanisme » a renforcé l’hypothèse selon laquelle ce texte condamne le gaspillage de la semence. Pourtant, le récit lui-même identifie le péché différemment. Onan a été puni non pour une technique sexuelle, mais pour avoir refusé de remplir son obligation, selon la loi du lévirat, de donner une descendance à son frère défunt. Son acte était un acte de défi et d’exploitation, non d’autosatisfaction. La masturbation ne figure pas dans le texte, et l’y lire constitue une erreur d’application historique et théologique.
Un autre passage parfois invoqué est Matthieu 5:27–30, où Jésus met en garde contre la convoitise et utilise des images frappantes, comme couper sa main ou arracher son œil. Le sujet, cependant, n’est pas un acte physique particulier mais la disposition intérieure du désir. Le Christ s’adresse à l’orientation du cœur, sans utiliser de langage codé pour la masturbation. Bien que la convoitise et la masturbation soient souvent liées dans la pratique, le passage lui-même n’établit pas ce lien direct.
La nature relationnelle de la sexualité
Bien que les Écritures ne définissent pas directement la masturbation, elles parlent avec une clarté remarquable de la signification de l’expression sexuelle. Dans 1 Corinthiens 7:2–5, Paul décrit l’intimité sexuelle comme appartenant à une relation mutuelle de don de soi entre mari et femme. Chaque époux cède l’autorité sur son corps à l’autre, et l’union sexuelle est dépeinte comme un acte de don réciproque plutôt que comme un accomplissement dirigé vers soi-même. Dans ce cadre, la sexualité est relationnelle par nature. Elle est ordonnée vers la communion, non vers l’isolement.
Cette structure est renforcée dans le récit de la création. Genèse 2:24–25 présente l’union sexuelle comme l’expression du fait de devenir « une seule chair », une union marquée par la présence mutuelle, la vulnérabilité et l’absence de honte. Le sexe n’est pas dépeint comme un mécanisme de relâchement de tension, mais comme un lien d’alliance. La masturbation, en revanche, est intrinsèquement solitaire. Elle déconnecte l’expression sexuelle du contexte relationnel que les Écritures traitent constamment comme essentiel.
C’est pourquoi le Nouveau Testament ne traite pas le désir sexuel comme une nécessité biologique équivalente à la faim ou à la soif. Bien que le corps éprouve des pulsions sexuelles, les Écritures ne décrivent jamais la libération sexuelle comme un droit moral. Le conseil de Paul aux célibataires n’est pas de chercher une gratification individuelle, mais soit d’exercer la maîtrise de soi, soit de chercher le mariage. « S’ils ne peuvent se maîtriser, qu’ils se marient » (1 Corinthiens 7:9). Le remède au désir ardent n’est pas l’autostimulation, mais l’engagement relationnel.
Cette distinction sape l’argument selon lequel la masturbation est moralement neutre simplement parce que le corps éprouve une tension sexuelle. Les impulsions corporelles ne définissent pas à elles seules la permission morale. Les Écritures soumettent constamment le désir physique au discernement spirituel. Le corps n’est pas un système autonome mais appartient à Dieu. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ? » demande Paul dans 1 Corinthiens 6:19–20. La question qui suit n’est pas simplement ce qui est physiquement possible, mais ce qui honore Celui à qui le corps appartient.
La maîtrise de soi et le but
À ce stade, la discussion passe de l’éthique sexuelle à la formation spirituelle. Plusieurs principes bibliques convergent ici :
La gloire de Dieu : Paul insiste sur le fait que toutes les actions doivent être entreprises « pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10:31).
Foi et conscience : « Tout ce qui ne vient pas de la foi est péché » (Romains 14:23). Une action peut ne pas être explicitement interdite, mais tomber tout de même en dehors de l’obéissance fidèle si elle ne peut être accomplie avec une conscience claire et une intention centrée sur Dieu.
L’asservissement : Paul met en garde contre le fait d’être dominé par une pratique quelconque. « Je ne me laisserai asservir par rien » (1 Corinthiens 6:12). La masturbation devient souvent compulsive plutôt que délibérée, réactive plutôt que choisie. Lorsque la maîtrise passe de la personne au désir, les Écritures reconnaissent une forme d’esclavage.
La liberté chrétienne n’est jamais la liberté d’être gouverné par l’appétit, mais la liberté de gouverner le corps par l’Esprit. C’est pourquoi la maîtrise de soi occupe une place si centrale dans l’éthique chrétienne, étant listée parmi les fruits de l’Esprit (Galates 5:22–23). Le croyant est appelé non pas à supprimer le corps, mais à l’ordonner.
Possibilité théorique et réalité
De nombreux théologiens ont observé que la masturbation existe rarement de manière isolée. Elle est typiquement entrelacée avec la convoitise, le fantasme ou la consommation de pornographie. Ces éléments sont directement abordés dans les Écritures et constamment traités comme des distorsions pécheresses du désir. Même si l’on pouvait théoriquement imaginer la masturbation séparée de telles influences, le modèle biblique suggère que le désir sexuel est censé se déplacer vers l’extérieur (le don relationnel), et non vers l’intérieur (l’autosatisfaction).
Cela conduit à la concession théorique souvent citée : si la masturbation pouvait se produire sans convoitise, sans fantasme immoral, sans dépendance, sans motivation égocentrique, avec une pleine confiance devant Dieu et une véritable action de grâce, alors elle pourrait ne violer aucun commandement explicite. Pourtant, ces conditions sont si exigeantes qu’elles révèlent en fait la nature de l’acte lui-même. Elles décrivent une situation radicalement différente de la façon dont la masturbation est ordinairement pratiquée.
Un écart par rapport au dessein
Par conséquent, la Bible ne répond pas à la question « La masturbation est-elle un péché ? » dans un sens juridique étroit. Au lieu de cela, elle répond à une question plus fondamentale : À quoi sert la sexualité ?
Elle est faite pour l’union d’alliance, le don mutuel de soi et l’amour incarné au sein d’une relation engagée. Toute expression sexuelle qui s’éloigne constamment de ces fins va à l’encontre du dessein biblique.
Sous cet éclairage, la masturbation est mieux comprise non comme une transgression technique, mais comme un écart par rapport au telos, la finalité de la sexualité. Elle représente une forme d’expression sexuelle détachée de la relation, de la mutualité et de la discipline de l’amour. Même lorsqu’elle n’est pas explicitement condamnée, elle est en tension avec la structure que les Écritures donnent au corps et au désir.
Au minimum, la masturbation n’atteint pas ce que les Écritures présentent comme le « meilleur » de Dieu pour l’expression sexuelle humaine.